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L’hypersensibilité des zébrés

Cela faisait un moment que je n’avais pas ressenti le besoin d’écrire au sujet de l’hypersensibilité et pourtant c’est quelque chose qui est là, avec moi, au quotidien.

Depuis que j’ai identifié la provenance de ma souffrance et de mon excentricité, je me porte mieux, c’est vrai. Le fait même de mettre des mots sur ses émotions est d’une grande aide, cela permet d’avancer et de comprendre. Cependant, comprendre ne permet pas d’effacer… tout au plus d’atténuer.

Je fais partie des personnes qui ne savent pas gérer leurs émotions. Je sais quelle couleur est le vert jade, je sais ce qu’est un business plan, je sais faire un quatre-quart sans recette, mais alors gérer mes émotions… !

Quand on est un zèbre, c’est jamais simple. Bah, et quand il se passe quelque chose de bien ? Que tu te sens de bonne humeur ? Ca ne va pas, ENCORE ?

On exagère tout, tout le temps. Quand je vais bien, je ne me contente pas d’aller juste bien, je vais très bien.

Et le pire c’est qu’on ne peut absolument pas le cacher, on veut que tout le monde soit au courant: c’est souvent là que ça coince. J’ai très souvent honte d’être moi-même… C’est une espèce de souffrance constante, qui parfois se ravive, que mon émotion soit positive ou non, ce qui importe est qu’elle est toujours intense. Lorsque je trouve que quelque chose est génial, je vais spontanément le partager avec les personnes que j’aime, qui m’entourent. Je vais le faire avec tellement d’entrain, de passion même, que cela peut être rapidement ingérable. Je deviens insupportable, insistante, avec un attrait presque naïf. On devient une caricature de soi-même.

Cette semaine, on m’a demandé : il y a quelque chose que tu ne fais pas en mode 1000% ? Sincèrement, j’ai du réfléchir avant de répondre. On ne s’en rend pas forcément compte à chaque instant, mais notre personnalité peut être envahissante et pesante, de part son intensité et l’énergie qui s’en dégage. Peut-on culpabiliser d’être euphorique ? Je pense que oui. C’est mon cas ce soir. Je m’en veux de ne jamais être mesurée, de ne pas savoir m’auto-gérer, d’être hypersensible.

J’aurais tellement aimé être discrète. J’aurais tellement aimé ne pas avoir à m’excuser d’aller bien, de ne pas aller bien, d’être trop en colère, trop heureuse, trop triste.

J’aurais aimé si fort ne pas avoir à être « trop » …

Supercalifragilisticexpialidocious

Selon Wikipédia, cette chanson ( « Supercalifragilisticexpialidocious » que vous avez forcément reconnu…) raconte que ce mot a le pouvoir de sortir les gens d’une situation difficile et même de changer leur vie.

Je vous vois déjà entrain d’essayer de le prononcer, ça va encore jusqu’à « fragili », après ça ce corse ! Qui a dit que changer la vie de quelqu’un était évident, remarque ?

Ce mot, j’arrive à le prononcer, et je me le suis même répété plusieurs fois, dans des situations différentes, vite, moins vite, fort, moins fort… Mais je pense que quelque chose coince avec moi. Aïe, c’est ça, je crois bien que je suis différente, un peu singulière dans le genre. Une nana un peu barrée, vous voyez.

J’ai toujours ressentis ça c’est vrai, mais jusqu’à aujourd’hui je n’arrivais pas à l’exprimer. En fait ça me brûlait de l’intérieur, je portais une culpabilité énorme qui faisait des gros nœuds dans ma poitrine : celle de ne pas être comme « tout le monde ».

Une sensation comme celle-ci, ça se prend pas à la légère. Evidemment, qui voudrait écouter une personne un peu bizarre, qui sort de l’ordinaire et qui a des propos un peu trop « capilo-tractés »? Alors on refoule, on se dit que ça va passer, avec le temps et les années, au fil des expériences et des rencontres. Parfois on se sent mieux, parfois on a l’impression de se jeter du haut d’un immeuble, qu’on tombe littéralement dans le vide sans jamais toucher le fond. Et puis on se demande quelle est notre place, si on en a vraiment une, on se pose des tas de questions, trop de questions pour ensuite se rendre compte qu’il est déjà tard, qu’on aimerait dormir, qu’on aimerait arrêter de penser.

Mais on y arrive pas.
C’est donc ça le truc avec lequel je vais devoir apprendre à vivre les soixante prochaines années ?
C’est ça, être un zèbre ?

La vérité voyez-vous, c’est que l’intelligence n’est pas qu’un don de la nature. Ca peut détruire, ça peut faire mal. Vous l’aurez compris, je suis une de ces filles un peu à part, qu’on catégorise « un peu illuminée » ou « dans son monde »…

Et vous, vous voulez en faire partie de mon monde ?